Principes systémiques

Il existe trois principes essentiels qui régissent la vie et l’équilibre des systèmes. Ces trois principes s’appliquent à tous systèmes, tant aux familles qu’aux entreprises, associations… Nous parlerons ici de ces principes dans les systèmes familiaux, le premier système auquel nous appartenons.

Principe d’appartenance

Le jour de naissance inscrit chaque individu à une place unique dans son système familial. Le besoin d’appartenance est vital pour le nouveau-né, et la manière dont ce lien est vécu va imprimer une marque profonde sur l’ensemble des comportements d’un individu. Cette appartenance est la dynamique à partir de laquelle l’individu va pouvoir construire qui il est, qui il veut être et qui il devient. Cette appartenance, ce lien, est un lien d’amour, et parce que l’amour des enfants est inconditionnel, il perdure toute la vie, même lorsque des évènements extérieurs parfois douloureux conduisent à renier cet amour, à couper des liens par exemple. Le lien est toujours agissant. Ce que nous mettons en place dans notre petite enfance, pour nous assurer l’appartenance au système qui va garantir notre survie, reste actif en nous jusqu’à la fin de nos jours, que ce soit agréable ou désagréable, sauf si nous entreprenons un travail pour démasquer les liens douloureux, déséquilibrés, qui contribuent à nos difficultés dans la vie.

Les évènements qui font notre vie, nos joies, nos réussites, mais aussi nos échecs et nos souffrances, ne dépendent pas seulement de nous, mais de l’équilibre de l’ensemble du système auquel nous appartenons.

Nous naissons dans une famille particulière, à un moment particulier, qui détermine le système auquel nous appartenons. Rien ne pourra changer ce fait, ce qui signifie aussi que rien ne pourra altérer notre appartenance à ce système.

Ce principe d’appartenance peut être énoncé selon deux aspects :
1. Personne ne peut contester à un autre son droit d’appartenance à sa famille. Quand on appartient à ce système familial, c’est pour la vie.
2. A l’intérieur d’un système, personne n’appartient davantage qu’un autre.

Lorsqu’une personne est exclue de son système familial, quelle qu’en soit la raison, c’est un non-respect de ce principe systémique d’appartenance. On exclut par exemple quelqu’un parce qu’on considère qu’il ne partage pas les mêmes valeurs que la famille, parce qu’il a commis un crime, une escroquerie, qu’il est interné ou a fait un séjour en prison, parce qu’une mort précoce ou violente rend son souvenir trop douloureux pour les survivants (qui évitent alors de se rappeler cet enfant, ce père ou cette sœur). Mais le système cherche toujours à rappeler la mémoire de celui ou celle qui a ainsi été mis à l’écart, comme pour rappeler aussi que personne ne peut être privé de son droit d’appartenance. Ce rappel se fait notamment à travers l’un des descendants de la personne qui a été exclue : de façon apparemment inexpliquée, ce descendant s’exclut lui-même de la famille, ou adopte des comportements qui vont le faire exclure, ou encore se met dans des situations de danger comme pour s’exclure dans la mort, ceci allant parfois jusqu’au suicide. En rappelant l’exclu à la mémoire des vivants, le système tente de se rééquilibrer lui-même. En réalité, ceci ne fait que perpétuer le malheur ou traumatisme (puisque le descendant vit d’une manière ou d’une autre la même exclusion que son ancêtre), sans apporter de vraie solution. Ce mouvement se perpétue souvent sur plusieurs générations, même si tout le monde a oublié l’origine première de ce déséquilibre.

Le non-respect du principe d’appartenance se manifeste, dans la vie des individus, et dans le travail de constellations familiales, au travers de la dynamique « Je te suis », « Je fais comme toi » : un enfant s’identifie à l’un de ses ancêtres exclus (appelé aussi « intrication ») et reproduit ses comportements ou même son destin. Parfois, des similitudes de dates (date de naissance, de mariage, d’évènements importants) sont des indices d’intrications de ce type, que l’on pourra vérifier et résoudre à travers la constellation.

Principe de rang, de place ou d’ancienneté

Chacun arrive à un moment particulier, à une place bien définie dans son système. Les parents étaient là avant les enfants, l’ainé est né avant le deuxième, le deuxième avant le troisième, et ainsi de suite. C’est le sens dans lequel s’écoule la vie, du haut vers le bas, du plus vieux au plus jeune. Personne ne peut impunément « ramer à contre-courant ». Pourtant, c’est ce qui se produit fréquemment dans les systèmes, quand l’un des membres se trouve dans la position d’avoir à assumer des responsabilités qui ne correspondent pas à sa place réelle dans la famille. C’est par exemple la jeune fille qui devient la confidente de sa mère à propos de ses difficultés conjugales ; le fils chargé, explicitement ou implicitement, de prendre la place de l’homme de la maison au départ du père. C’est aussi ce qui correspond au mouvement intérieur de l’enfant, le plus souvent de façon inconsciente, lorsqu’il sent l’un de ses parents en proie à une grande difficulté (dépression, deuil, souvenir douloureux …) et que son élan d’amour le pousse à vouloir porter la charge à la place de son parent, en croyant ainsi l’aider. Ou encore quand un enfant perçoit les difficultés du couple parental et imagine qu’il est en son pouvoir de leur éviter une séparation. L’enfant peut par exemple développer une maladie ou des problèmes de comportement, obligeant les parents à tourner leur attention vers lui et à rester ensemble. On trouve souvent cette dynamique dans les situations d’anorexie. Mais ce faisant, l’enfant se met à une place qui n’est pas la sienne : dans un élan d’amour inconscient et ignorant, il agit comme si le parent ne pouvait pas assumer seul ses difficultés, sa tristesse, sa culpabilité… En réalité, du point de vue systémique, le parent perd sa place et sa dignité : l’enfant se met en situation de supériorité vis-à-vis de son parent et vis-à-vis du destin. Chacun est empêché de vivre sa propre vie à partir du seul endroit possible : sa propre place.

Les difficultés liées au non-respect du principe de place se manifestent souvent sous la forme de la dynamique « Plutôt moi que toi », « Moi à ta place », où l’un des plus jeunes prend sur lui le fardeau d’un autre. On peut ainsi se sentir envahi par un sentiment de culpabilité que rien n’explique réellement, et qui correspond à la culpabilité de la mère de n’avoir pas pu sauver un enfant malade. Ou bien l’on est soudain submergé d’une colère incontrôlable, qui appartient en réalité à un grand-père victime d’une injustice.

Principe de l’équilibre entre donner et recevoir

Cette dynamique de l’échange, c’est-à-dire de l’équilibre entre donner et recevoir, est fondamentale dans les relations humaines. Elle s’équilibre de façon naturelle, à travers des échanges de services, de cadeaux, d’affection, de soutien et d’aide. Cette dynamique d’échanges réciproques contribue à consolider nos relations, pourvu que le fait de donner et celui de recevoir trouvent un juste équilibre. Trop donner place l’autre en situation de dette, ce qui intérieurement, peut devenir insupportable. Celui qui donne se situe d’une certaine manière dans une position de supériorité vis-à-vis de celui à qui il donne, la relation se déséquilibre et des difficultés surgissent. Celui qui reçoit se trouve dans une situation de dépendance vis-à-vis de celui qui donne. S’il ne peut pas faire un don en retour qui équilibre ce qu’il a reçu, il perd la liberté de décider de rester et peut alors choisir de partir pour récupérer son indépendance.
Dans les familles, l’ordre hiérarchique veut que les premiers (les grands) donnent plus que les derniers (les petits). Lorsqu’on vit dans une situation où il n’est pas ou plus possible de « rembourser sa dette », on peut cependant cultiver le souvenir et la gratitude.

L’équilibre entre donner et recevoir entre parents et enfants  et à l’intérieur d’un couple est particulier.
Les parents donnent la vie à leurs enfants, mais un enfant ne peut pas donner la vie à ses parents. L’équilibre se fait lorsqu’à son tour, l’enfant donne la vie, crée sa propre famille. Il a comme responsabilité systémique de consacrer son énergie à cette nouvelle famille (famille actuelle), qui devient prioritaire sur sa famille d’origine. Pour le cadeau de la vie reçue de ses parents, on ne peut que remercier et accepter ses parents pour ce qu’ils sont, tels qu’ils sont, et pour le reste on en fait son affaire.
Par contre, l’équilibre entre donner et recevoir à l’intérieur du couple est fondamental pour la pérennité de ce couple. Ceci se fait lorsque chaque partenaire donne toujours un peu plus que ce qu’il a reçu de l’autre. C’est ainsi que le couple s’inscrit dans une réelle dynamique de croissance et d’évolution positive.

Dans les familles, il s’agit pour le moins de reconnaître ce que chacun donne lorsqu’on ne peut pas le rendre directement. L’exemple de la famille recomposée est intéressant de ce point de vue. En effet, pour que le nouveau couple puisse évoluer facilement, il est nécessaire que le nouveau partenaire reconnaisse le rôle joué par l’ancien partenaire. Si celui-ci n’est pas mis à sa juste place, s’il n’est pas reconnu, un déséquilibre se crée. L’enfant du nouveau couple risque de s’identifier à cet ancien partenaire délaissé ou renié, dans l’idée, inconsciente le plus souvent, de faire reconnaître enfin ses mérites. Au fond, c’est comme si l’ancien partenaire avait cédé sa place pour que le nouveau puisse la prendre.

Lorsqu’un de ces principes est blessé, non respecté, un déséquilibre se crée dans le système et celui-ci cherche le moyen le plus simple et le plus direct de se rééquilibrer : un plus jeune compense par la maladie, l’accident, les échecs récurrents et parfois même la mort. Cette conscience morale du système ne tient pas compte de la conscience morale individuelle, elle veille au respect des principes systémiques et met en place des rééquilibrages si les principes essentiels sont blessés. Ce nouvel équilibre devient disharmonieux.

Le non-respect d’un de ces principes systémiques est cause de nombreux troubles dans les systèmes familiaux : maladies corporelles, troubles du comportement, troubles psychiques et psychosomatiques, difficultés et échecs récurrents dans un domaine de la vie…
Si beaucoup de problèmes et de difficultés dans la vie des individus sont liés au non-respect de l’un ou de plusieurs de ces principes, l’une des solutions possibles passe par la réharmonisation du système familial :
– on redonne une place à un exclu, on le reconnaît et l’honore.
– on rend un fardeau à son propriétaire, en lui rendant sa dignité et en se libérant soi-même de ce fardeau pour s’occuper de sa propre histoire.
– on résout les identifications et on laisse chacun porter les conséquences de ses propres actes.
C’est ce que propose les constellations familiales.

Plus ces principes systémiques sont respectés, plus le système est harmonieusement équilibré. Chaque individu à l’intérieur de ce système peut alors se construire et s’épanouir de façon satisfaisante. Chacun peut recevoir la force de ses parents et de ses ancêtres, ce flux de la vie qui coule des parents vers les enfants, et aller plus librement vers sa propre vie, son propre destin.

La plus grande chose qu’un père ou une mère puisse faire pour ses enfants, après leur avoir donné la vie, c’est de régler ses propres intrications. C’est un cadeau qui se transmet de génération en génération.

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